Je réfléchis sur l’apparition d’image, sur le rapport qu’il a à la chose, objet, matière et médium, qui l’incarne. Selon Duchamp, en général, un tableau est l’apparition d’une apparence. Ma façon de peindre est gestuelle mais maniérée, car le maniérisme vise moins à représenter l’objet qu’à manifester l’artifice de l’art, à mettre l’art en représentation. J’essaye de faire de chaque pièce une image critique de soi-même. Ou même, qu’il soit la chose et son image à la fois ; une autofiction en quelque sorte.
Les questions de plat et de volume, de la surface, de sa minceur, et du recouvrement, sont récurrentes dans mon travail. Une peinture n’est pas qu’une image. Elle est aussi un objet.
La perspective est le corrélat visuel de la causalité : les choses se disposent les uns derrière les autres selon des règles. Est-ce que le monde est comme il me paraît ? Je n’en perçois que la surface des choses. (Le cubisme analytique c’est le monde déplié, pour voir toutes les faces à la fois. Le cubisme synthétique c’est le monde mis en pièces, puis balayée en un tas). La perception n’est rien sans son interprétation. Au fond c’est l’imagination qui nous lie au réel.
Je fais une peinture figurative, une peinture qui cherche à susciter l’illusion visuelle de la présence spatiale. Pour comprendre le mécanisme du reconnaissable, parfois mes images frisent l’abstrait. Il s’agit d’expérimenter sur la valeur représentative de la forme.
La série des Shadowplay est des ombres et lumière sur papier, comme une définition minimale de la photographie même, incarné en image/objet. La photographie est aussi l’application mécanique de la perspective. Perspective qui était, à l’origine, un projet commun à la science et l’art.
Je fais des images de l’absence. Les Shadowplay sont des scènes de théâtre pas encore investies de personnages, de comédiens, des images qui suggèrent, qui ne racontent pas encore des histoires, mais qui sont comme la première phrase d’un roman, « C’est comme ça que ça commence. ».